Les arbres aux portes de l’entreprise

L’arbre accompagne l’humain depuis longtemps. Depuis toujours. Il suffit de se rappeler que les arbres comptent parmi les plus anciens organismes vivants de la planète (385 millions d’années) quand l’Homme n’a guère plus de 300 000 ans d’existence. Des grands frères, des sages qui pourraient peut-être nous inspirer. Mais nous sommes devenus consciemment ou pas les prédateurs, les menaçant directement, la biodiversité avec et notre survie à terme.

Les arbres ont inspiré la Fondation Cartier qui organise une exposition « Nous les arbres » pour mieux re-donner la parole à ces communicants silencieux. A l’occasion de l’inauguration, la fondation rassemblait, le temps d’une soirée, la communauté d’artistes, botanistes, biologistes, spécialistes en neurobiologie végétale, philosophes, architectes qui ont chacun(e) contribué à cette très inspirante exposition. L’occasion de  nous partager leur passion, leurs travaux et leur regard sur le monde végétal, l’intelligence végétale, le lien entre les humains et les arbres si distendus qu’il faut urgemment les retisser. 

Une exposition et des témoignages inspirants comme un appel à changer de regard sur les arbres  pour nous amener à une réflexion sur nos comportements individuels et collectifs à l’heure d’enjeux majeurs pour les entreprises et la société.  

L’arbre guérit et inspire

Revisiter de célèbres poèmes écrits par Pablo Neruda, Jean Giono, Agnès Varda, Jacques Prévert et tant d’autres qui trouvèrent dans les arbres des refuges, des confidents et de l’inspiration pour nourrir leur imaginaire, panser des plaies, trouver le calme intérieur. Des mots délicatement égrainés par le mathématicien et homme politique, Cédric Villani, comme pour nous rappeler que nous sommes tous les bienvenus auprès des arbres. 

Le World Economic Forum mettait en lumière récemment combien la distanciation avec la nature avait un impact néfaste sur notre santé. Au Japon, un programme sanitaire national en faveur du bain de forêt, le shinrin-yoku, est entré en vigueur depuis 1982 étayé par de nombreuses études scientifiques depuis, qui en valident les effets sur la santé. Une réponse aux maux de la société du XXIème siècle, du monde du travail et de l’entrepreneuriat qui ne cesse de voir fleurir de nouvelles pathologies qui nourriront de nouveaux business symptomatiques quand une re-connexion à la nature permet de se recentrer. 

L’arbre est intelligent et innove 

Eveiller nos consciences en écoutant ces prestigieux scientifiques mondialement reconnus botanistes, biologistes ou spécialistes en neurobiologie végétale que sont Francis Hallé, Stefano Mancuso, François-Michel Le Tourneau, Miroslav Radman, tous passionnés des arbres et des végétaux qui nous partagent sans limite leurs découvertes sur l’intelligence des arbres et leur mal-être aussi. 

« Les arbres sont des vivants, solidaires, communicants, stratèges, manipulateurs dotés d’une intelligence », n’hésitent pas à nous révéler Francis Hallé, botaniste biologiste et Stefano Mancuso, fondateur de la neurobiologie végétale. Ce dernier a scientifiquement démontré que, comme tous les êtres vivants, les plantes discernent formes et couleurs, mémorisent des données et communiquent. Elles ont une personnalité et développe une forme de vie sociale basée sur l’entraide et l’échange. Elles ont une capacité hors norme à comprendre, réagir et s’adapter à leur environnement. Car face à l’adversité, les arbres ne peuvent pas fuir, ils sont enracinés et contraints de trouver des solutions. L’innovation, ce changement nécessaire pour survivre face à l’évolution de l’environnement devenu l’enjeu majeur de nos entreprises, eux, ils maîtrisent. Peut-être pourrions-nous les observer davantage pour inventer l’avenir de l’humanité. Ce que nous recommandait déjà Léonard de Vinci, « Scrute la nature, c’est là qu’est ton futur », précurseur de la bio-inspiration.  

L’arbre prend le temps

Prendre le temps d’écouter Caroline Mollie, architecte paysagiste qui nous rappelle que la vie végétale reste lente quand notre rapport au temps s’est accéléré. Aujourd’hui nous amenons le végétal dans la ville trop vite et pas dans l’avenir. Nous répondons à cette urgence de mettre du vert, partout et beaucoup. Mais planter des arbres doit se faire dans le sens forestier en laissant aux arbres l’espace pour se développer. L’arbre est mal connu aujourd’hui. On ne voit souvent que le tronc et c’est inquiétant dans le devenir de l’arbre urbain. Porter un intérêt à l’arbre, c’est oser voir l’invisible et notamment la relation entre le développement du houppier et le système racinaire, tout aussi important en volume que ce qui est visible. Si l’arbre n’a pas les conditions de son développement dans toutes ses capacités, il meurt. Caroline Mollie concluera, « Plantons dans le temps ! ». Sage réflexion qui pourrait peut-être s’inviter dans le monde de l’entreprise encore sous l’emprise d’injonctions court-termistes et financières.

L’arbre ou l’art de la communication 

L’arbre accompagne l’homme depuis toujours. Et si l’homme s’en est trop éloigné, les arbres enracinés eux auraient-ils enfin trouvé le vecteur de communication avec les humains ? Prendre à témoin ces scientifiques qui les scrutent un peu plus chaque jour pour mieux les comprendre ou ces artistes doués d’une sensibilité particulière capable de ressentir à leur contact ce que la majorité d’entre nous ne peut plus ayant obstrué tous ses canaux sensoriels. Des connecteurs entre l’homme et les arbres que seraient Raymond Depardon, Claudine Nougaret, Fabrice Hyber, Sugio Yamaguchi, artistes, cinéaste, photographe, chef qui étaient là pour révéler et transmettre leur vision de l’arbre, réveiller nos sens, éveiller notre conscience. 

Cette hypothèse non encore prouvée scientifiquement ;-), et qui m’appartient totalement, me laisse espérer une prochaine invasion massive de la conscience de l’arbre dans le monde de l’entreprise et du business pour la préservation de la biodiversité, notre seule réserve de survie. 

Profitez de l’été pour regarder les arbres autrement. 

Florence Karras

Crédit Photo : Chris Barbalis – Unsplash